Les mines

Au XVIIIe siècle, des habitants de Feuguerolles se font mineurs pour rechercher un hypothétique gisement houiller. Un siècle plus tard, ils s’embauchent en nombre dans les mines de fer de May-sur-Orne et de Saint-André-sur-Orne, sur l’autre rive du fleuve qu’ils rejoignent chaque jour par une passerelle ou à l’aide d’une barque tirée le long d’un câble. Au début du XXe siècle, les deux mines sont reliées à la ligne de chemin de fer par un convoyeur aérien au-dessus de l’Orne qui permet le chargement de wagons et à destination du port de Caen, le minerai étant destiné à l’exportation.

Les mines de May

En 1926, une société, la SMPC, acquiert les concessions de May, Saint-André, Bully et Maltot, et entreprend de moderniser les installations. Un transbordeur aérien permet de convoyer les bennes de minerai extrait des puits de Saint-André et May. Demeurent les deux accumulateurs dont la construction est achevée en 1933 et qui permettaient de charger les wagons de minerai à destination du port de Caen.

Le premier relié au puits Saint-André à Saint-Martin-de-Fontenay par un câble de 1 100 m est équipé d’un concasseur.

Le second est relié au puits d’extraction de May-sur-Orne distant de 650m.

En 1956, d’importants travaux de modernisation permettent d’augmenter la productivité de la mine, sans parvenir à enrayer la concurrence de minerais lointains qui amèneront la fermeture en 1968.

Des vestiges de cette ultime modernisation subsistent sur la commune de Feuguerolles-Bully : le minerai stocké dans les deux batteries de grands silos situés à May-sur-Orne franchissait le pont minier jusqu’à la station de chargement où les wagons étaient remplis à destination du port de Caen.

La friche industrielle héritée des mines de fer a accueilli une piste d’essai pour les camions Saviem (puis RVI) de Blainville-sur-Orne.

Iconographie :

  • Les deux accumulateurs de la rive gauche pont minier. Cliché P. Coftier.
  • Vue d’ensemble des installations, vers 1960.
  • Le pont minier. Cliché P. Coftier.
  • La station de chargement. Cliché P. Coftier.
  • Panneau de signalisation, piste d’essai des camions Saviem. Cliché P. Coftier.
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La mine de Bully

Si les mines voisines de May-sur-Orne ont fait l’objet d’une exploitation intense jusqu’à leur fermeture en 1968, celles de Bully ont connu une destinée beaucoup plus modeste. L’attribution d’une concession en 1896 est suivie de plusieurs années de travaux préparatoires. En 1906 un four de grillage est construit. La calcination du minerai de fer à l’aide de charbon permet d’en éliminer les impuretés et de l’enrichir avant sa commercialisation pour les hauts fourneaux. En 1908, le four est allumé et aussitôt abandonné après des essais infructueux « en raison d’une qualité médiocre du minerai de fer » (Archives départementales du Calvados, rapport du préfet, délibérations du Conseil général. Rapport de l’ingénieur des mines, 1908).

Au moment où la production cumulée des mines de May-sur-Orne et Saint-André-sur-Orne atteignait 107 724 tonnes, la mine de Bully avait produit 4255 tonnes de minerai de fer dont 3423 tonnes de minerai grillé.

Par la suite, le sous-sol de la concession de Bully constituera une réserve à laquelle la société exploitante des mines de May accèdera par ses travaux souterrains en passant sous l’Orne.

Iconographie :

  • Borne limite de concession. Cliché P. Coftier.
  • Vestige du four de grillage du minerai. Cliché P. Coftier.
BORNE BULLY
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La légende du charbon.

En 1784 un puits est ouvert à Feuguerolles et, deux ans plus tard, une société par action est créée pour la recherche du charbon. La mise en navigation de l’Orne devait assurer la prospérité du projet et une concession est accordée.

En 1790, les travaux sont arrêtés. L’ingénieur des mines, décrit en 1794 l’état du chantier déserté. « On a fait deux puits dont l’un a près de 200 pieds (65m) et l’autre, situé à 5 toises (10m) au nord du premier a été conduit jusqu’à 84 pieds (27m). Au fond de ce puits, on avait mené une galerie de 250 pieds (80m) dirigée vers le sud-est vers la rivière. Cette galerie a été percée dans le schiste, elle est boisée en quelques endroits. » (Archives nationales, 14/7652. Brongniard, ingénieur, 4 brumaire an III, 25 octobre 1794). Duhamel, inspecteur général des Mines de France, classe la recherche de Feuguerolles dans la catégorie « indices de mines de houille reconnus nuls » (Archives nationales, F14/4237. Rapport Duhamel, an IV, 1795-96).

Pourtant, un demi-siècle après l’entreprise infructueuse, la légende du charbon que recèle le coteau de Feuguerolles resurgit. En 1836, le propriétaire des terres où se situent les anciens travaux s’associe à des négociants de Rouen pour demander une concession sur un périmètre de vingt kilomètres de rayon. Une nouvelle société se crée dont l’essentiel des travaux consiste à vider en vain l’eau des puits précédemment creusés.

A l’issue de la Première Guerre mondiale, les installations minières du Nord sont dévastées et le Conseil général du Calvados émet le vœu, le 30 septembre 1919, « que des recherches soient effectuées en vue de l’exploitation de la houille, dont il aurait été découvert des gisements, il y a 70 ou 80 ans, dans les environs de la briqueterie de Feuguerolles ». Le préfet conclura devant le Conseil général en 1920 que « les renseignements sont nettement insuffisants pour justifier des recherches de houille dans la région de Feuguerolles et MM. Les ingénieurs estiment que, jusqu’à nouvel ordre, on doit considérer l’existence de combustible, dans cette région, comme en opposition formelle avec toutes les données géologiques recueillies jusqu’à ce jour » (Rapport du préfet Hélitas, première session de 1920 du Conseil général du Calvados).

Iconographie : Brochure sur les recherches de charbon par Quetil de La Poterie, directeur et associé des mines de Feuguerolles. Imp. G. Le Roy, Caen, 1789. Coll. Archives départementales du Calvados.

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Textes de Pierre Coftier.

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